Challenges et Télémaque

Challenges

Serge Weinberg, fondateur Télémaque
Serge Weinberg, fondateur Télémaque

On connaissait Serge Weinberg, président de Sanofi et financier de haut vol à la tête du fonds Weinberg CP. On connaissait l’élégant énarque, intime de Laurent Fabius à la froideur polie. On a découvert le 11 juillet à l’Institut du monde arabe un autre homme, le fondateur de l’Institut Télémaque.  » Mon père a quitté l’école à 14 ans, et moi je dois tout à mes maîtres commence-t-il devant un parterre de bachelier venu des zones les plus défavorisées du pays « . L’éternel premier de la classe, il y a une douzaine d’années, a été bouleversé à la lecture d’un article de Libération, décrivant le martyr d’un petit garçon de Sarcelles battu par ses copains de classe en raison de ses trop bons résultats. D’ou l’idée de venir en aide à des hauts potentiels dûment repérés dans les classes.

Aider les premiers de classe

En 2005, il créé donc une association venant en aide aux enfants qui se distinguent au sein des établissements scolaires les plus délaissés. Ils sont aujourd’hui près de 1.000 à avoir été coachés en concertation avec leurs parents et les enseignants. Car l’originalité du programme, auquel se sont associés dès l’origine plusieurs proviseurs, est de se faire non à côté de l’Education nationale mais en partenariat avec des enseignants référents qui vont repérer et accompagner des élèves en binôme avec un tuteur, généralement cadre supérieur,  afin de  » changer des trajectoires de vie « . Ils sont ainsi des dizaines chez Total ou Axa a coacher sur le long terme- en général six ans-  des enfants généralement issus de l’immigration pour les amener jusqu’à l’enseignement supérieur. Outre Weinberg, plusieurs grands patrons se sont impliqués comme Patrick Pouyanné (Total), Thierry de La Tour d’Artaise (Seb) ou Henri Lachmann (ex-Schneider) qui préside aujourd’hui Télémaque. La super-élite au service des plus défavorisés?  » Notre idée n’est pas de s’intéresser et d’aider des perdants, mais de lutter contre la prédestination sociale, on est là pour aider les premiers de classe  » assume Serge Weinberg devant un parterre de bachelières- les garçons sont rares- qui racontent leurs ambitions (médecine, SciencesPo, ingénieur…).  Interrogé sur les secrets de sa réussite, Weinberg, raconte qu’il était un adolescent rongé par la timidité qui se forçait à faire un maximum d’exposés devant la classe, car  » il faut sortir de sa coquille et aller vers l’autre, et quand ce n’est pas inné, cela se travaille « . Quant à la réussite, il n’aime pas le mot,  » car il donne le sentiment qu’on est arrivé, alors qu’il ne faut regarder que devant « . D’une manière générale, en paraphrasant André Gide, il explique aux jeunes gens qu’il convient de  » suivre sa pente, surtout en montant  » en ayant  » la force d’accepter ce que l’on est, en connaissant et en écoutant ses qualités « .

Hasard du calendrier, cette petite cérémonie, à laquelle assistait Jack Lang ; ex-ministre de l’Education nationale et actuel président de l’Institut du monde arabe, intervient le jour même ou l’Institut national d’études démographiques (Ined) publie une étude savante sur le fameux  » déterminisme  » qui bloque notre ascenseur social. En jonglant avec l’interdiction des statistiques ethniques, l’étude très savante prouve que lorsque qu’on est originaire du Maghreb, à niveau d’éducation et d’expérience équivalent, on a bien peu de chances de réussir dans notre pays. La conclusion de ce rapport mérite d’être reproduite in extenso:

L’étude glaçante de l’Ined

 » L’analyse des données de l’enquête Trajectoires et Origines révèle un excès de chômage chez les immigrés et fils et filles d’immigrés originaires du Maghreb par rapport aux personnes nées en France métropolitaine de parents français, qui n’est pas expliqué par leur situation socio-économique (âge, niveau d’instruction, etc.). Le sentiment de discrimination dans l’accès à l’emploi exprimé par les enquêtés est cohérent avec les données  » objectives « : plus la personne au chômage  » devrait  » être en emploi au vu de ses caractéristiques, plus elle répond positivement aux questions sur les ressentis de discrimination. Ce résultat indique que les enquêtes qualitatives sur les ressentis sont complémentaires des mesures  » objectives  » des inégalités et apportent une information simple et fiable pour l’étude des discriminations dans la société. « 

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