Serge Weinberg
Serge Weinberg, Président de Weinberg Capital Partners, fait partie des membres fondateurs de l’Institut Télémaque. C’est grâce à son impulsion et à celle du Groupe PPR que le projet a pu voir le jour en 2005. Retour sur les débuts de l’aventure Télémaque !

 

 

Quelles sont les motivations qui vous ont poussé à créer le programme Télémaque ?

Le projet Télémaque est la concrétisation d’une idée très simple selon laquelle les entreprises ne peuvent pas rester totalement en dehors du champ social et de l’évolution de la société. Tout ne peut pas être mené par le public, il existe un espace de “jeu” pour les entreprises. Ce sont des acteurs sociaux à part entière ! Télémaque est donc la matérialisation d’un engagement à mi chemin entre le monde de l’entreprise et le secteur public.

J’ai été personnellement frappé par les dysfonctionnements et les cumuls d’inégalités qui freinent la mobilité sociale. Il est important de casser les déterminismes pour aider des jeunes à faire des trajectoires de plus longue portée que ce qu’ils feraient naturellement. Avec Patrick Gagnaire, nous avons essayé de réfléchir à des modes d’intervention, en commençant par les internats, et c’est là que nous nous sommes rendu compte que le projet Télémaque ne devait pas rester dans le seul giron de PPR mais qu’il fallait lui donner plus d’ampleur. Et je crois que le succès de Télémaque aujourd’hui, c’est d’être une structure partagée avec d’autres entreprises.

 

Comment expliquez-vous la panne de l’ascenseur social ?

Je crois que malheureusement les inégalités sociales et géographiques entrainent un cumul d’inégalités en tout genre. Les bons éléments nés dans les zones sensibles ont aujourd’hui à surmonter bien des entraves : des conditions de logement difficiles, la ghettoïsation de certaines cités, les formes d’exclusion… Ces jeunes ont beaucoup de mal à s’en sortir malgré les efforts déployés dans les ZEP. Il faut donc faire violence au système classique pour sortir de cette fatalité, de ce déterminisme géographique et social !

 

Que répondez-vous à ceux qui estiment que l’entreprise n’a pas à se mêler de ces questions ?

Notre ambition n’est pas de changer le système éducatif. Nous souhaitons aider des familles et des jeunes qui ont envie de s’accrocher et de croire en leurs chances de réussir. Nous sommes des facilitateurs. Le succès de Télémaque, c’est d’avoir réussi à vaincre un certain nombre de préjugés qui existaient au départ,  non pas au niveau du ministère de l’Education Nationale mais sur le terrain, avec certaines organisations syndicales ou des fédérations de parents d’élèves… Depuis la création de Télémaque, nous avons eu le temps de démontrer que nous n’étions pas dans une démarche de récupération mais que notre seul objectif est de déplacer les lignes, de faire bouger les choses sans entrer pour autant dans le débat public/privé. Il faut chercher des solutions, essayer et voir ce qui marche ! Nous sommes dans une situation de relative urgence. Sur ce thème, comme sur celui de la lutte contre les discriminations, les entreprises sont prêtes à se mobiliser sur des thèmes très larges, presque en avance sur le politique.